En attendant un article imminent d’analyse plus approfondi de la nouvelle composition du Parlement européen, je vous mets ici un petit outil interactif, mis à jour en temps réel, qui vous permettra de naviguer dans les « bulles partisanes » des groupes politiques du PE.
Vous y retrouverez tous les partis nationaux ayant fait élire au moins un député européen en juin 2024, et leurs affiliations officielles aux différents groupes politiques, y compris les deux nouveaux groupes d’extrême droite créés depuis le 30 juin : les « Patriots for Europe » (PfE), dominés par le RN français et le Fidesz hongrois, et le groupe « ESN » ou « Europe of Sovereign Nations », créé le 10 juillet par l’AfD et 7 partis (ou bouts de partis…) alliés.
En passant votre souris sur les cercles, vous pourrez visualiser le nombre total de députés par groupes, les noms des partis nationaux et leur nombre de députés, et en cliquant sur chaque cercle vous pourrez les agrandir et détailler la composition de chaque groupe.
Bonne exploration !
(tous les retours pour améliorer l’outil sont bien sûr les bienvenus, en commentaire ou par mail)
Mise à jour du 12/12/2025 : Version grand format ici
(temps de lecture : plus court qu’une campagne électorale improvisée)
En décidant de dissoudre l’Assemblée nationale au soir du 9 juin, Emmanuel Macron a produit le chaos une situation doublement inédite.
Pour la France, d’abord, par cette dissolution dans la foulée d’une défaite électorale, qui a plongé le pays et les partis dans la conjoncture politique fluide que nous connaissons depuis bientôt un mois. Et pour l’Europe aussi, en créant un précédent politiquement mobilisable, qui est devenu un débat dans plusieurs pays membres (dont l’Allemagne et l’Estonie, par exemple). Des élections nationales « de premier ordre » provoquées par le résultat des élections européennes, traditionnellement considérées « de second ordre » ? Voilà une nouveauté politique en Europe, dont il faudra mesurer les effets éventuels dans les années à venir. Pour les effets sur la politique française, on en aura une idée bien plus précise le 8 juillet au matin.
En attendant, pour te faire penser un peu à autre chose (si c’est possible), j’amorce une série de billets pour faire le bilan des élections européennes du point de vue de l’Europe des partis, à l’heure où la (re-)composition des groupes politiques au Parlement européen bat son plein. Cela permettra peut-être de remettre un peu en perspective les résultats français.
Car, certes, le RN a faire élire 30 eurodéputés le 9 juin, ce qui fait de lui le premier parti européen en nombre de députés dans le prochain parlement. C’est une victoire électorale incontestable, même si ces chiffres peuvent évoluer en cours de législature : soit parce que des députés changent de parti (comme ce fut le cas de Nicolas Bay lors de la précédente législature, en passant du RN à Reconquête!), soit parce qu’ils se brouillent et deviennent « Indépendants » (qu’on pense aux 4 « ex- » de Reconquête!, Marion Maréchal, Guillaume Peltier, Nicolas Bay encore, et Laurence Trochu) exclus par E. Zemmour le 12 juin dernier. Pour mémoire, le RN avait par exemple fait élire en mai 2019 23 députés: il n’en restait plus que 18 en 2024. On peut prendre l‘exemple italien, encore plus parlant : la Lega de Salvini est passée de 28 à 22 députés entre 2019 et 2024, le Movimento 5 Stelle de 14 à 5… alors que dans le même temps Fratelli d’Italia gagnait 5 députés (venus de Forza Italia ou de la Lega), en passant de 5 à 10 élus…
Bref, le RN est donc le premier parti européen en nombre de sièges. Mais comment se place-t-il par rapport aux autres « grands partis » européens, ou pour le dire autrement, quels sont les « bons partis » des européennes de 2024 , parmi les 209 partis nationaux qui ont obtenu des députés ?
Car, oui, le Parlement européen est d’abord composé de députés nationaux, appartement à des partis nationaux (pour 711 / 720 d’entre eux, en tout cas, auxquels il faut ajouter 9 « indépendants » provenant de 4 pays différents). Dans le Parlement élu le 9 juin, on trouve donc 206 partis différents, et comme une image vaut mieux qu’un long tableau, les voici tous réunis en un graphique (de rien, ça m’a pris à peine plus de temps qu’un dépouillement irlandais) :
On voit ici apparaître d’abord les « grands partis », c’est-à-dire ceux qui ont obtenu le plus grand nombre de députés au Parlement européen. A ce titre, mis à part le RN et ses 30 députés, sept autres grands partis (ou coalitions) ont réussi à faire élire plus de 20 députés :
Parti ou coalition
Nombre d’élus
Pays
RN
30
France
CDU (23) + CSU (6)
29
Allemagne
Fratelli d’Italia
24
Italie
PP (Partido Popular)
22
Espagne
PD (Partito Democratico)
21
Italie
KO (Koalicja Obywatelska)
21
Pologne
PSOE
20
Espagne
PiS (18) + Suweranna Polska (2)
20
Pologne
Logiquement, et comme on le voit bien sur le graphique, la totalité de ces « grands » partis ou coalitions proviennent des cinq plus « grands pays » de l’Union, c’est-à-dire les plus peuplés. A eux seuls, les « cinq grands » (Allemagne, France, Italie, Espagne, Pologne) se partagent 367 députés sur 720, soit plus de 50% des élus (50,97%, pour être exact, car je sais que tu aimes la précision). Il est donc mathématiquement plus facile d’obtenir plus de sièges quand on est en compétition électorale dans ces « grands pays ». Ce qui peut biaiser un peu la perception des résultats.
Car, ces « premiers partis en nombre de siège » sont-ils pour autant les « mieux élus » ? Pas toujours… Une manière plus fiable de comparer les résultats des partis nationaux, en tenant compte des effets de taille de leurs pays respectifs, est de se fonder non pas sur le nombre absolu de députés européens obtenus, mais plutôt le pourcentage de voix réalisés dans chacune de ces 27 élections euro-nationales.
Si l’on adopte ce mode de comptage, l’ordre et les partis ou coalitions arrivés en tête change quelque peu :
Parti ou coalition
% de voix au niveau national
Pays
PSD-PNL
48,57 %
Roumanie
PL (Partit Laburista)
45,26 %
Malte
Fidesz + KDNP
44,9 %
Hongrie
PN (Partit Nazzjonalista)
42,02 %
Malte
KO (Koalicja Obywatelska)
37,06 %
Pologne
PiS+Suweranna Polska
36,16 %
Pologne
HDZ
34,6 %
Croatie
PP (Partido Popular)
34,2 %
Espagne
PS (Partido socialista)
32,08 %
Portugal
RN
31,37 %
France
AD (Aliança Democrática)
31,11 %
Portugal
SDS
30,64 %
Slovénie
PSOE
30,18 %
Espagne
Si l’on retrouve bien quelques uns des « grands partis » des « grands pays » (le RN, les partis polonais ou espagnols), on voit surtout à présent apparaître les « grands partis » des « petits pays ».
Il s’agit notamment des pays dans lesquels le bipartisme est resté le modèle dominant, comme par exemple à Malte, où les deux partis historiques (Partit Laburista et Partit Nazzjonalista) se partagent tous les sièges du pays (6). Ou de pays dans lesquels un parti dominant parvient toujours à emporter plus de 30% des voix aux européennes, comme le HDZ croate ou le SDS slovène.
Mais on voit aussi apparaître un phénomène partisan intéressant, auquel on est peu habitué en France, nous qui sommes encore aujourd’hui le seul pays à utiliser le mode de scrutin majoritaire à deux tours pour nos élections nationales : celui des alliances ou coalitions électorales (il est vrai qu’on est peut-être en train de s’y acculturer, à marche forcée, depuis un mois et la dissolution…)
Les coalitions, voire très grandes coalitions l’ont ainsi emporté largement dans plusieurs pays. C’est le cas notamment en Roumanie, où les deux partis traditionnels, et traditionnellement opposés, que sont le PSD (Partidul Social Democrat) et le PNL (Partidul Național Liberal) ont réussi à faire alliance, aussi bien au niveau national depuis 2021 qu’au niveau européen en 2024, pour contenir la poussée de partis concurrents comme le parti d’extrême droite AUR (Alianța pentru Unirea Românilor, « Alliance pour une grande Roumanie », elle-même d’ailleurs une coalition de plusieurs partis).
Extrait de la liste électorale officielle de la coalition PSD/PNL, avec l’alternance des candidats issus des deux partis de gouvernement
C’est le cas aussi en Pologne, où les deux formations arrivées en tête sont des coalitions fondées autour des deux grands partis que sont la « Plateforme civique » (PO-Platforma Obywatelska, avec la KO-Koalicja Obywatelska, d’un côté) et le parti « Droit et Justice » (PiS-Prawo i Sprawiedliwosc, auquel s’est ajouté pour cette élection le parti Suweranna Polska). C’est le cas enfin en Hongrie, où le Fidesz, malgré son statut de parti hyper-dominant, s’est adjoint comme il le fait traditionnellement le KNDP chrétien-démocrate (et n’a fait, malgré son score impressionnant de 44,9%, que le plus mauvais résultat de son histoire aux européennes).
Bref, pour comprendre les élections et la politique européenne, il faut, certes, regarder le nombre de députés que chaque parti fait élire. Mais il faut aussi tenir compte de la taille des champs politiques dans lesquels ces partis sont en compétition, de l’histoire politique de leur pays et de leur système partisan, qui incitent à ne pas se contenter de ce facteur. Il faut ainsi évidemment prendre en compte le pourcentage de voix obtenu, mais il faudrait aussi mesurer d’autres éléments : la distance par rapport au parti arrivé 2e, par exemple, ou encore la progression par rapport à la dernière élection nationale ou européenne (quand le parti existait déjà). Et encore le taux d’abstention, qui seul permet de savoir quel est le pourcentage réel (celui des inscrits) qu’un parti représente lors d’une élection. On y reviendra.
Surtout, avoir obtenu 30 députés tout seul ne sert pas à grand chose si ensuite, au Parlement européen, on n’arrive pas à peser, en s’associant à un groupe politique capable d’influencer la vie parlementaire européenne. Or, chaque élection européenne entraîne une recomposition des groupes politiques qui se partagent les ressources matérielles (budgets, salles, interprétariat…) et symboliques (temps de parole, rapports, postes de responsabilité comme les vice-présidences du PE ou les présidences des commissions parlementaires…).
Mais tout ça, c’est une autre histoire, sur laquelle nous reviendrons après le vote de ce dimanche, qui aura des conséquences majeures non seulement en France, mais aussi en Europe.
(temps de lecture : moins qu’un clip de campagne de Jean Lassalle)
Dimanche, c’est loin. Heureusement pour toi, passionné du scrutin, ça y est, on a déjà voté aux européennes, aujourd’hui, aux Pays-Bas. (D’ailleurs, c’est ce que veut dire le titre de ce billet, en néerlandais : « A voté ! ». Je crois).
@ la Une du site du journal De Telegraaf, jeudi 6 juin au soir
Et même si les sondages sortis des urnes restent bien sûr à confirmer après le vote de tous les Etats membres dimanche soir, on a deux indications intéressantes (à suivre grâce à @EuropeElects et @mathieugallard, merci à eux) :
Le taux de participation semble progresser (estimation à 46,5 %, soit une hausse potentielle de 5% aux Pays-Bas par rapport à 2019).
>Le verre à moitié plein : « c’est mieux ! »
>Le verre à moitié vide : « c’est peu ! »
Le PVV de Geert Wilders augmente fortement, comme prévu, mais quand même un peu moins que prévu : il passe de 1 député européen en 2019 à 7-8 députés potentiels (sur les 31 attribués aux Pays-Bas), contre 9 annoncés dans les derniers sondages, et il serait devancé en nombre de voix et de députés par la coalition de gauche travaillistes / gauche verte (à confirmer, mais potentiellement 4 points d’avance).
>Le verre à moitié plein : « c’est moins que prévu, dis-donc ! ».
> Le verre à moitié vide : « c’est quand même beaucoup, dis-donc ! ».
Pour eux, c’est apparemment clairement « le verre à moitié plein » : l’ex-Spitzenkandidat du Parti socialiste européen et du PvdA néerlandais, Frans Timmermans, et l’actuel co-Spitzenkandidat des Verts européens et tête de liste de la coalition PvdA- GroenLinks, Bas Eickhout)
Bref, rien n’est joué en France, et ailleurs, et les résultats s’annoncent intéressants à analyser. Demain, c’est l’Irlande qui vote (et la République tchèque, qui vote sur deux jours, vendredi et samedi).
Ou bien le faire en t’amusant, grâce à quelques liens ludico-politiques utiles que j’ai rassemblés pour toi, afin de te permette de patienter avant d’aller voter dimanche :
– Si tu es plutôt trombinoscope et « Collec’ Panini » des députés européens, comme moi, va voir le site de Politico, qui s’est essayé à établir une pré-liste des futurs élus au Parlement, à partir des projections sondagières et des listes de candidats dans les 27 pays. Ça vaut ce que ça vaut (notamment parce que 19 pays sur 27 pratiquent le vote préférentiel, contrairement à la France, ce qui permet de changer l’ordre des candidats sur les listes établies par les partis), mais beaucoup de celles et ceux qui sont là seront élus quand même, ça permet de commencer à s’avancer un peu sur le tableau excel des futurs députés…
Et quand tu auras bien bossé, n’oublie pas d’aller voter. Ce serait ballot.
(temps de lecture : pas plus qu’il n’en faut, mais pas moins)
Les extrêmes droites sont-elles capables de s’unir au Parlement européen à la suite des élections de juin 2024 ? C’est la question du moment dans la bulle européenne, et jusque dans les médias généralistes (ce qui, au passage, tend à confirmer ce que je dis souvent à mes étudiants et ailleurs depuis dix ans : à savoir que ceux qui ont le plus fait pour inscrire l’Europe dans le débat public, paradoxalement, ce sont peut-être les partis eurosceptiques… ).
Aparté lexical
« Droite extrême », « extrême droite », « droite dure », « droite radicale », « ultra-conservateurs », « national-populistes »… les qualificatifs et les labels pour parler des partis « à la droite de la droite » ne manquent pas. Ce n’est pas le but de ce billet de s’attarder sur ce point, bien sûr essentiel, mais nous y reviendrons bientôt (comme sur les autres étiquettes du jeu politique, d’ailleurs…).
Pour rappel, l’extrême droite est pour l’instant divisée au Parlement européen entre deux groupes politiques concurrents, dans lesquels siègent la plupart des partis ultra-conservateurs, nationalistes et identitaires (d’autres étant pour l’instant isolés dans le groupe des « non-inscrits », comme notamment le Fidesz de Viktor Orbán) :
le groupe ECR ou CRE (European Conservatives & Reformists / Conservateurs & réformistes européens), dominé par le PiS polonais et les Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni, et comptant également des députés du parti de gouvernement tchèque de l’ODS, de Vox (Espagne), des Démocrates de Suède, du Parti des Finlandais, ou encore de la N-VA belge, entre autres.
le groupe ID (Identité et démocratie), dominé par la Lega de Matteo Salvini et le RN de Marine Le Pen, dans lequel on trouve aussi des députés du PVV néerlandais de Geert Wilders, du FPÖ autrichien, du Vlaams Belang belge, ainsi que quelques députés isolés de l’extrême droite danoise, estonienne ou tchèque. Jusqu’à la semaine dernière, on y trouvait aussi l’AfD allemande, que Marine Le Pen a fait expulser le 23 mai suite aux déclarations litigieuses de sa tête de liste, Maximilian Krah (expulsion qui n’a d’ailleurs pas fait l’unanimité dans le groupe ID, les 3 Autrichiens du FPÖ et l’estonien de l’EKRE votant apparemment contre, le danois Anders Vistisen du Parti du peuple danois se serait abstenu).
L’expulsion de l’AfD (qui pour la petite histoire s’était déjà fait exclure de son précédent groupe, l’ECR justement, en 2016…) marque sans doute un tournant dans le positionnement européen du RN et de Marine Le Pen, qui a entrepris depuis quelques mois de se rapprocher du groupe ECR, et de Giorgia Meloni en particulier. En témoigne sa présence en personne lors du grand meeting de lancement de campagne européenne du parti Vox à Madrid (Europa Viva 24, le 19 mai dernier), en compagnie de Santiago Abascal (le président de Vox) et d’André Ventura (le président du parti portugais Chega), mais aussi de Giorgia Meloni, Mateusz Morawiecki (l’ex-Premier ministre polonais du PiS) et même de Viktor Orbán, qui étaient tous les trois présents par visioconférence. Plus explicite encore, l’offre d’union que Marine Le Pen a adressé, par Corriere della Sera interposé, à Giorgia Meloni lors d’un déplacement de campagne.
Aujourd’hui même, d’ailleurs, l’hebdomadaire britannique libéral The Economist (avec cet art de la « Une qui claque » qui le caractérise) titre sur ce trio de femmes politiques au coeur des jeux politiques de l’élection (et de l’Europe) qui vient :
@ couverture et article « Leaders » du journal The Economist, daté du 1er juin 2024
De fait, comme Meloni l’a répété elle-même plusieurs fois, son modèle pour l’Europe est celui d’une coalition de toutes les droites, à la manière de l’alliance qui l’a portée au pouvoir en Italie et a réussi à associer la Lega de Matteo Salvini (allié donc du RN de Marine Le Pen dans le groupe ID), Forza Italia (membre du PPE de Ursula von der Leyen, et dirigée depuis la mort de Silvio Berlusconi par l’ancien président du Parlement européen, Antonio Tajani), et son propre parti, Fratelli d’Italia, membre de l’ECR, qu’elle a créé en 2012 après avoir quitté l’Alleanza nazionale, le parti qui avait lui-même succédé à l’historique Movimento Sociale Italiano (MSI). Vous suivez toujours ?
Bref, Giorgia Meloni est donc pleinement impliquée dans la bataille européenne, elle qui par ailleurs préside officiellement l’Europarti de l’ECR et se présente, personnellement, dans chacune des 5 circonscriptions régionales de l’élection européenne italienne.
Aparté organisationnel
Non, les « Europartis » et les groupes politiques du Parlement européen ne sont pas (exactement) les mêmes. Certains partis nationaux appartiennent, par l’intermédiaire de leur(s) député(s) européen(s), à tel groupe politique, sans être officiellement membre de l’Europarti correspondant, voire en étant membre d’un autre Europarti. C’est le cas, par exemple, de la N-VA belge, qui siège au groupe ECR, mais appartient à l’Europarti ALE (Alliance Libre Européenne), une organisation qui rassemble des partis régionalistes et indépendantistes au niveau européen. C’est le cas aussi, dans une autre famille politique, du parti présidentiel français Renaissance, qui domine le groupe Renew au Parlement européen, sans être membre de l’Europarti libéral européen de l’ALDE (contrairement à l’UDI ou au Parti radical). Bref, c’est compliqué. Mais on verra ça dans un prochain billet, si vous n’y voyez pas trop d’inconvénient…
« Mais alors », me diront peut-être les plus attentifs d’entre vous, « ce qui marche (pour l’instant) au niveau italien, peut-il marcher au niveau européen ? »
Soyons honnêtes. On ne sait pas.
Bien sûr, on aimerait bien pouvoir prédire à l’avance ce qui va se passer, pour briller dans les médias et les dîners. Mais la science politique, si l’on veut rester sérieux, c’est comme la météo : on ne peut pas être certain à 100% de ce qui va arriver. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas tenter de comprendre, et de poser des repères et des jalons pour y voir plus clair, pendant que tout cela se fait.
Or, tout l’intérêt des élections qui viennent est de reposer, mais dans un contexte politique et géopolitique inédit, une question (celle de l’union des extrêmes droites) qui se pose en fait depuis déjà (très) longtemps.
On peut par exemple remonter à la création de la « version 1.0 » du groupe ID, le 15 juin 2015 : le groupe « Europe des Nations et des libertés » (ENL), qui regroupait déjà le RN (FN à l’époque), la Lega (Lega Nord à l’époque), le FPÖ autrichien, le PVV de Wilders, le Vlaams Belang et quelques autres. Les tractations pour créer ce groupe avaient été longues et difficiles et, déjà, se posait la question de son extension à d’autres partis d’extrême droite. Depuis 10 ans, on peut tracer les tentatives menées pour étendre ce groupe ENL, puis ID, afin d’y concentrer les forces de l’extrême droite européenne, notamment celles des nouveaux partis ayant le vent électoral en poupe, comme l’AfD allemande :
La tentative de Steve Bannon, l’ex-conseiller de Donald Trump, entre juin et octobre 2018, de prendre la tête de « The Movement » en Europe, pour forger une alliance d’extrême droite autour de Marine Le Pen et Matteo Salvini, en vue des européennes de 2019.
La campagne européenne de 2019 elle-même, avec plusieurs rassemblements clinquants des partis membres de l’ENL, comme par exemple au meeting du 17 mai 2019 à Milan sous l’égide de Salvini et de la Lega.
Après les élections européennes de 2019, la scène politique à la « droite de la droite » au Parlement européen connaît de plus profonds bouleversements, car le groupe ECR (qui pour mémoire a été créé sous cette forme en 2009 par les Conservateurs britanniques, le PiS polonais et l’ODS tchèque) change radicalement : outre le départ annoncé des Conservateurs britanniques pour cause de Brexit (qui s’est concrétisé le 31 janvier 2020) et la radicalisation du PiS au gouvernement polonais, les tractations pour la constitution des nouveaux groupes politiques du Parlement européen voient l’entrée en 2019 au groupe ECR des partis Fratelli d’Italia, Vox, des Démocrates de Suède et du Parti des Finlandais. Dans le même temps, le groupe ENL devient le groupe « Identité et Démocratie » (ID). Le Parlement européen se retrouve donc avec deux groupes de droite (très) dure, qui vont alterner les périodes de tensions et les tentatives de rapprochement, déjà.
Un exemple : la signature le 2 juillet 2021 par 16 partis d’extrême droite des deux groupes d’une déclaration commune en vue d’une alliance des “patriotes européens”. Parmi ces partis, les incontournables Lega et RN du groupe ID (avec le FPÖ). Mais aussi, nouveauté, plusieurs partis du groupe concurrent de l’ECR à commencer par les deux principaux, le PiS polonais et Fratelli d’Italia, (mais aussi Vox). Et, cerise sur le gâteau, la signature de Viktor Orbán, dont le Fidesz venait de se faire exclure, en mars 2021, du PPE. Cela n’ira pas plus loin à l’époque.
Le dernier exemple en date, sans doute le plus spectaculaire et médiatisé, est le rassemblement du 19 mai 2024 à Madrid, déjà évoqué en début d’article (c’était il y a longtemps, je sais, bravo, tu as tenu jusqu’ici) : ce jour-là, Vox lance sa campagne européenne par un grand meeting des ultra-conservateurs de droite au Palacio de Vistalegre à Madrid (le lieu qui l’avait lancé, déjà, sur la scène médiatique et politique espagnole en 2018). Nommé « Europa VIVA 24 », cet événement annuel comptait cette année avec la présence du très contesté président argentin libertarien Javier Milei, mais aussi et surtout avec les principaux protagonistes de notre histoire de politique européenne du jour (M. Le Pen, G. Meloni, V. Orbán, M. Morawiecki), auxquels s’ajoute notamment le nouveau venu portugais : André Ventura, le président du parti Chega.
On en est là.
Dans une semaine, nous connaîtrons le résultat des urnes dans les 27 Etats membres, et il sera temps de commencer à analyser plus finement les choses. Car alors les rapports de force et équilibres nationaux seront connus, et on pourra voir les effets de ces résultats sur les négociations pour la constitution des nouveaux groupes du Parlement européen à la droite de la droite (et aussi ailleurs, car cela promet d’être intéressant aussi, on y reviendra).
Or, de nombreux sujets de divisions perdurent, entre ces deux femmes politiques comme entre les autres dirigeants de l’ECR et de l’ID : le rapport (plus ou moins favorable) à l’OTAN, le soutien (plus ou moins conditionnel) à l’Ukraine et le rapport historique (et présent) à Vladimir Poutine, l’orientation économique (plus ou moins interventionniste), sans oublier (pour la politique européenne) la disposition plus ou moins grande à accepter de voter pour un 2e mandat de Ursula von der Leyen à la Commission, elle qui fait l’objet d’un rejet clair et net du RN comme du Fidesz….
D’un autre côté, des points de convergence très clairs existent indéniablement, que ce soit sur la préservation des souverainetés nationales, la limitation drastique de l’immigration (malgré des tensions apparues depuis l’arrivée au gouvernement de Meloni), le refus des politiques environnementales ou encore la défense identitaire et culturelle des valeurs ultra-conservatrices et chrétiennes contre la globalisation des valeurs et l' »islamisation » présumée des sociétés européennes. Sur ces points programmatiques, une entente (ponctuelle ou plus durable) est possible entre la plupart de ces partis, membres pour l’instant de ces deux groupes concurrents.
Alors, qu’est-ce qui l’emportera finalement, de ces divisions ou de ces points d’accord ? Beaucoup dépendra bien sûr des résultats effectifs de chaque parti lors des élections de la semaine prochaine ; mais aussi des intérêts stratégiques perçus par les uns et les autres, au niveau européen mais aussi et peut-être surtout au niveau national ; sans oublier l’évolution de la situation géopolitique et économique internationale.